Les ambitions d'Arnaud Djoubaye Abazène

Ministre poids lourd du régime, au sens propre comme au figuré il fait 200 kilos, Arnaud Djoubaye Abazène ne rêve que d'une chose, être Premier ministre à la place du premier ministre; remplacer le pâlot Félix Moloua. Et il a choisi l'argent, comme moyen d'action, avec cent millions de francs CFA comme mise de départ. Car il est riche, très riche. Goula du nord, magistrat de formation, il a franchi toutes les étapes d’une carrière atypique de son histoire. Durant la rébellion Séléka, il abandonne les tribunaux pour rejoindre idéologiquement et stratégiquement la rébellion. Son rôle dépasse celui d’un simple partisan. On lui confie la coordination de toutes les informations sensibles depuis la capitale destinées aux groupes qui marchent vers Bangui. Cette position stratégique fait de lui l’un des cerveaux de l’opération Séléka au temps de Bozizé. La victoire de la coalition Séléka transforme radicalement son destin. Les récompenses tombent rapidement. Le voilà propulsé ministre des Transports, un portefeuille qui génère d’immenses opportunités. Les années passent et son patrimoine grossit de manière spectaculaire. Villas luxueuses, immeubles imposants : les biens s’accumulent dans plusieurs quartiers de la capitale et au-delà. Beaucoup même le considèrent comme l’homme le plus riches des Goula. Son ascension se poursuit sous Touadéra, le voilà maintenant ministre d’État chargé de la Justice. Un poste aux allures paradoxales pour celui que les Centrafricains qualifient de grand mafieux du régime. L’argent circule abondamment depuis ses réseaux vers les structures du Mouvement Cœurs Unis, le parti présidentiel. La campagne pour le troisième mandat de Touadéra devient pour lui une occasion idoine de s'affirmer. Il s’investit totalement dans l’opération. Membre actif de l’équipe dirigeante de la campagne du MCU, il finance une multitude de comités chargés de soutenir le président sortant. Les montants qu’il débloque atteignent des sommets inimaginables. Mais cette générosité spectaculaire dissimule un objectif précis. Il ne dépense pas ces millions par amour du président, à ses deux épouses officielles ou à sa progéniture. Il n'a qu'un but : la Primature. Devenir chef du gouvernement représente le couronnement qu’il poursuit depuis longtemps. Avec son rival Gautron Djono Ahaba, l’actuel ministre des Transports, ils se livrent une guerre sourde pour décrocher ce poste tant désiré. Les deux hommes, tous deux issus de la communauté Goula, mènent une compétition féroce. Le ministre d’État à la Justice maîtrise parfaitement les enjeux. Il sait que les Premiers ministres gagnent 10 fois plus que les ministres ordinaires. Mais au-delà des émoluments officiels, les avantages officieux dépassent toute imagination. Vu comme ça, les cent millions investis dans la campagne présidentielle représentent une avance dérisoire. Si Touadéra le nomme Premier ministre, Arnaud Djoubaye Abazène récupérera sa mise en quelques mois à peine. Les marchés publics, les pourcentages sur les grands projets, les arrangements avec les sociétés étrangères : tout cela produit des revenus qui dépassent largement son investissement électoral actuel. Sa démarche est d'une logique implacable. Chaque franc dépensé aujourd’hui rapportera dix, vingt, peut-être cinquante fois plus demain. Les relations qu’il cultive, les fidélités qu’il achète, les services qu’il rend au chef de l’État constituent autant de gages pour son avenir. Dans un système où l’argent dicte les nominations et où la loyauté se marchande au plus offrant, il applique les règles avec une redoutable efficacité. L'argent qu’il disperse actuellement dans les rouages de la machine électorale témoignent de sa résolution. Chaque comité reçoit sa part, chaque responsable local obtient ses enveloppes, chaque relais d’opinion bénéficie de ses largesses. Cette irrigation financière constante vise à créer un réseau de redevables qui plaideront sa cause le moment venu. Quand Touadéra choisira son prochain Premier ministre, ces voix s’élèveront pour recommander l’homme qui a tant donné pour la victoire. Il n'est pas fou, son calcul repose sur une connaissance intime des mécanismes du pouvoir Centrafricain. Les années passées au ministère des Transports puis à la Justice lui ont permis d’observer comment fonctionnent les nominations au sommet. Dans ce système, l’argent est roi. Les diplômes, l’expérience, la compétence comptent peu face à la capacité de financer les campagnes et d’arroser les bons réseaux.

Analyse par : Albert FALL l LNC

For: FatimaLamineHebdo

Date: January 9, 2026

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